Libye - 24 décembre 1951

Publié le 23 décembre 2025 — par Team_Kanfura 19 lectures 0 réactions

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L’indépendance comme seuil inachevé

La Libye n’est pas née d’un seul geste. Elle est apparue lentement, entre sable et mer, sous le poids des regards extérieurs et des fractures internes. Son indépendance, proclamée le 24 décembre 1951, n’est pas une fin glorieuse ni un récit simple. C’est un seuil. Un passage fragile. Une tentative d’unité sur une terre longtemps traversée, rarement écoutée.

Avant d’être un État, la Libye fut un espace. Un territoire immense, habité par des peuples, des tribus, des mémoires anciennes. La Tripolitaine, la Cyrénaïque, le Fezzan : trois régions, trois histoires, trois rythmes. Des mondes reliés par le désert plus que par le pouvoir.

 

Une terre convoitée avant d’être entendue

La Libye a longtemps été regardée comme une position stratégique avant d’être reconnue comme une nation. Empire ottoman, puis colonisation italienne à partir de 1911 : la domination s’installe, brutale, violente, marquée par des camps, des exécutions et des déplacements forcés.

La résistance existe. Elle est portée notamment par les Sénoussis, ordre religieux et social profondément enraciné dans la Cyrénaïque. Omar al-Mukhtar devient une figure de dignité et de refus. Mais la répression est féroce. Le sol libyen porte encore cette mémoire.

Puis vient la Seconde Guerre mondiale. La Libye devient champ de bataille entre puissances européennes. À la fin du conflit, elle n’est toujours pas libre. Elle est administrée par les Alliés, divisée, suspendue à des décisions prises ailleurs.

 

                            [1951-1969 : Idriss 1er - Roi de la lybie]

⫷⫸ 1951 : naître sans modèle

Le 24 décembre 1951, la Libye proclame son indépendance. Elle devient le premier pays africain à accéder à l’indépendance sous l’égide des Nations unies.

Le Royaume-Uni de Libye voit le jour sous la direction du roi Idris Ier. Une monarchie fédérale fragile, tentant de rassembler des régions qui n’avaient jamais été unifiées de cette manière.

Cette indépendance n’est pas le résultat d’un soulèvement populaire massif, mais d’un compromis international. Elle naît sous surveillance, dans l’équilibre précaire des intérêts étrangers.

La Libye devient souveraine, mais dépendante. Dépendante économiquement. Dépendante politiquement. Et bientôt, dépendante de ses ressources.

 

L’esclavage, une mémoire qui ne s’est pas éteinte

L’esclavage en Libye n’appartient pas uniquement au passé. Il traverse les siècles, change de formes, mais ne disparaît pas entièrement.

Aujourd’hui encore, des personnes noires, souvent migrantes venues d’Afrique subsaharienne, sont victimes de pratiques assimilables à l’esclavage : détentions arbitraires, travaux forcés, violences, ventes d’êtres humains dans des réseaux clandestins. Ces réalités ont été documentées et dénoncées, mais demeurent dans l’ombre des conflits et de l’effondrement de l’État.

Cette violence contemporaine ne naît pas du vide. Elle s’enracine dans une longue histoire de déshumanisation des corps noirs, dans des hiérarchies anciennes, dans des mémoires jamais réparées. L’instabilité politique n’a fait que rouvrir des failles déjà existantes.

Parler de l’indépendance libyenne sans évoquer cette continuité serait une absence. Car une souveraineté réelle ne se mesure pas seulement à la proclamation d’un État, mais à la capacité de protéger toutes les vies, sans hiérarchie de peau, d’origine ou de statut.

Nommer cette réalité n’est pas accuser un peuple. C’est refuser le silence. Et rappeler que la liberté n’est jamais pleine tant que certains corps restent traités comme des marchandises.

 

Le pétrole : promesse et fracture

La découverte du pétrole à la fin des années 1950 transforme brutalement le pays. Ce qui était un territoire pauvre devient un espace convoité. La richesse arrive vite, trop vite. Elle creuse les inégalités, concentre le pouvoir et éloigne l’État de ses populations.

En 1969, un coup d’État met fin à la monarchie. Mouammar Kadhafi prend le pouvoir, promettant souveraineté réelle et dignité retrouvée. Pendant un temps, la Libye affirme une voix singulière sur le continent africain et dans le monde arabe.

Mais l’indépendance se transforme. Le pouvoir se centralise. La parole se confisque. Une histoire officielle écrase les nuances.

 

Une indépendance sans repos

Depuis 2011, la Libye traverse une nouvelle fracture. L’État s’effondre. Les lignes tribales, régionales et internationales se superposent. Le pays devient le théâtre d’ingérences multiples, de luttes de pouvoir et de silences prolongés.

Et pourtant, la Libye existe toujours. Dans ses villes meurtries. Dans ses familles dispersées. Dans sa diaspora qui porte la mémoire d’un pays difficile à raconter.

L’indépendance libyenne n’est pas un acquis stable. C’est une question ouverte. Un processus inachevé. Un désir de souveraineté qui cherche encore sa forme juste.

 

                                                                            [Lacs d'Ubari  - Lybie]

Ce que la Libye nous rappelle

Toutes les indépendances ne sont pas des récits héroïques. Certaines sont fragiles, complexes, douloureuses. Certaines naissent sous contrainte. D’autres se reconstruisent sans cesse.

La Libye nous rappelle que l’indépendance n’est pas seulement un événement politique. C’est une capacité collective à se raconter soi-même. À tenir ensemble des différences. À regarder les blessures sans les nier.

Se souvenir de l’indépendance libyenne, ce n’est pas célébrer un passé figé. C’est reconnaître un chemin interrompu. Et honorer un peuple qui continue, malgré tout, à chercher sa souveraineté intérieure.

« Certaines indépendances ne se célèbrent pas comme un feu d’artifice : elles se tiennent comme une lampe, à l’abri du vent, pour que la flamme dure. » — Kanfura

 

Pour aller plus loin

  • Nations unies — Archives sur l’indépendance de la Libye (1951) et administration internationale.
  • Organisation internationale pour les migrations (OIM) — Rapports sur les migrants et les pratiques de détention en Libye.
  • Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) — Enquêtes sur les violations des droits humains en Libye.
  • Encyclopaedia Britannica — Histoire de la Libye moderne et construction de l’État.
  • Journal of North African Studies — Analyses académiques sur esclavage transsaharien et héritages contemporains.

« Chez Kanfura, chaque terre raconte une histoire. Une histoire de mémoire, de dignité et de transmission. »


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