
Le Cameroun entre dans l’indépendance avec un sourire officiel — mais derrière, la gorge se serre. Le 1er janvier 1960, la République naît, et l’on parle de liberté retrouvée. Pourtant, dans les forêts, dans les villages, dans les maquis, une autre histoire continue : celle des luttes interdites, des noms effacés, des douleurs qu’on a demandé de taire. Ici, l’indépendance n’est pas une page nette : c’est une page arrachée.
⟡ Un territoire découpé : quand la carte prépare les fractures
Le Cameroun fut d’abord colonie allemande. Après la Première Guerre mondiale, il est placé sous mandat, puis sous tutelle. La France et le Royaume-Uni se partagent le territoire. Deux administrations, deux langues, deux horizons politiques.
Ce partage n’est pas neutre : il organise des déséquilibres. Et il laisse une question brûlante : comment faire nation quand l’histoire a été administrée en deux vitesses ?

⌘ L’UPC : l’indépendance réclamée, pas offerte
Dans les années 1940 et 1950, l’Union des Populations du Cameroun (UPC) émerge comme une force majeure. Elle demande l’indépendance immédiate, la réunification du territoire et une souveraineté populaire réelle. Elle parle au peuple, sans détour : ouvriers, paysans, villages, militants.
Ce projet dérange. Parce qu’il veut rompre. Parce qu’il refuse la transition contrôlée. Parce qu’il met au centre la dignité politique d’un pays qui veut choisir son destin.
⫷⫸ Interdiction, traque, effacement : quand on combat une mémoire
L’UPC est interdite en 1955. La répression s’intensifie. Ruben Um Nyobè, figure centrale du mouvement, est assassiné en 1958. Sa mort ne vise pas seulement un homme : elle vise un symbole. On veut effacer une idée : celle d’une indépendance qui appartiendrait pleinement au peuple.
Une partie de la lutte passe alors dans la clandestinité. Les maquis deviennent des refuges et des tombeaux. La violence s’installe, souvent dans le silence imposé.
⌘ 1960 : une souveraineté encadrée
Le 1er janvier 1960, le Cameroun sous administration française devient indépendant. Ahmadou Ahidjo prend la tête du pays. La France demeure très présente : accords, influence, conseillers, continuités économiques. L’indépendance existe — mais elle se déploie dans un cadre qui n’est pas entièrement libre.
Dans l’ombre du récit officiel, les conflits se prolongent. Et la mémoire des violences, particulièrement dans certaines régions, reste longtemps hors champ.
⌘ La question anglophone : une fracture laissée au bord
L’héritage du partage franco-britannique n’a jamais été pleinement équilibré. Le Cameroun anglophone, avec son histoire et ses institutions héritées, se sent marginalisé. Ce déséquilibre nourrit une crise profonde qui traverse encore le pays aujourd’hui.
L’indépendance, ici, ne se résume pas à une date : elle interroge la manière dont un État reconnaît (ou non) la pluralité de ses peuples.

✦ Ce qui n’a jamais été effacé : l’espoir qui revient par la mémoire
Les récits officiels ont tenté d’effacer des luttes. Mais elles ont survécu autrement : dans les familles, les chansons, les noms murmurés, les silences qui disent plus que les discours.
Aujourd’hui, une jeunesse camerounaise exige des récits complets, non confortables, mais justes. Elle veut comprendre, reconnaître, transmettre. Le Cameroun est riche de ses diversités : langues, cultures, territoires, imaginaires. Ce qui a été présenté comme une menace peut devenir une force — si l’on accepte enfin d’écouter toutes les voix.
- 💫 Reconnaître les mémoires interdites comme partie intégrante de la nation.
- 💫 Faire de la pluralité culturelle et linguistique une force politique.
- 💫 Transmettre une histoire entière : pas pour rouvrir les plaies, mais pour cesser de les nier.
« Un pays guérit quand il cesse de demander à ses enfants de se taire. La vérité n’est pas un fardeau : c’est un chemin. » — Kanfura
⌘ Pour aller plus loin
- Nations Unies — Répertoire ONU (Art. 76) : indépendance du Cameroun sous administration française (1er janvier 1960)
- United Nations Digital Library — Documents sur le territoire sous tutelle du Cameroun (recherche par mots-clés)
- Union of the Peoples of Cameroon — Repères historiques sur l’UPC et la dissolution de 1955
- Mediapart (en) — Sur la mémoire d’Um Nyobè et sa réhabilitation (1991)
« Chez Kanfura, chaque plante raconte une histoire. Une histoire de soin, de beauté et de mémoire africaine. »